14.03.2008

FIN DE VIE OU AILLEURS

LE CHOIX DE JEAN la vidéo d'un documentaire passé il y a quelques années sur Arte... d'un homme, Jean Aebischer qui a choisi de mourir aidé en cela d'une équipe médicale.

AILLEURS

à Thérèse et à sa soeur très proche

Abandonner ce corps pour migrer vers d'autres horizons où m'attendent tous ceux que j'ai chéris qui m'ont trop tôt quittée : cet espoir est majeur pour une fin de vie !

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Le drame du départ c'est l'abandon d'un être aimé à qui l'on n'a pas encore tout dit.
La personne, ami ou parent qui accompagne est très souvent anéantie par la soudaineté de l'annonce du drame ; désarmée par la prière d'un dernier voeu émis ; brisée lorsqu'elle assiste en partageant intensément l'instant cruel du râle et du dernier soupir.

 

Présente et attentive aux désirs murmurés, au regard de détresse de cet être souffrant qui semble attendre du vivant, un prodige, un dernier souhait (souvenirs magiques auxquels on aime se raccrocher quand on a perdu Dieu)
comme le lui proposerait une fée :
-le pouvoir de différer le départ, d'abandonner ce mauvais rêve quitter la vie pour entrer chez la mort.
-sortir du brouillard étouffant dans lequel cette mort habite trop près ;
-espérer à nouveau, juste un tout petit moment le temps de se sentir respirer.

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L' impuissance et le désarroi devant le départ imminent, nous incitent aujourd'hui à redécouvrir ce que naturellement nos ancêtres accomplissaient :
-l'accompagnement en fin de vie.
-la veillée mortuaire où les membres de la famille et certains amis se relayaient près du défunt jusqu'au jour de son enterrement.
-la solidarité jusqu'au bout du chemin cette force indispensable pour accompagner aussi les vivants.

Pourquoi ai-je tant pleuré et pour qui ?
Pour grand-mère Gabrielle lorsqu'elle est partie. J'ai pleuré chaque nuit. Cachant mon désarroi bruyant sous l'oreiller de plumes, celui qui servira à soutenir sa tête lorsqu'on l'enfermera dans la boîte vernie. Des larmes et des larmes ont coulé généreusement en cadeau pour "Maman Melle" afin que là haut le Jésus sache combien elle me manquait, à quel point je l'aimais. Et puis à l'église le curé nous disait : "les morts qui sont pleurés vont tous au paradis !"

Je n'avais pas dix ans, l'âge tendre et impressionnable de l'enfance.

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Toutes ces larmes versées pour un voyage au paradis mais aussi sur mon devenir sans elle, ma grand-mère adorée ! Je ne revois plus son visage ; j'ai oublié la douceur de sa peau, il ne me reste que les photographies, seules témoins pour ma mémoire. Pendant très longtemps j'ai entretenu le souvenir du son de sa voix.
Chaque jour, plusieurs fois je me remémorais ce timbre familier, cette façon un peu agacée d'appeler mon grand-père : "Augustin, Augustin !"

Les souvenirs heureux ne se font pas prier. La mémoire se déchaîne et envoie pêle-mêle des images muettes mais qui en disent long. Oser vivre ce bonheur en ces instants tragiques, permet d'être plus fort que la réalité ; de cette force nouvelle peut naître un sentiment d'être encore un vivant, et de réaliser que le temps est compté qu'il est urgent de vivre et de se préparer avec sérénité.

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Quand la paix retrouvée a remplacé l'angoisse ;
quand ceux que nous aimons sont assis près de nous qui approchons du terme ; quand leurs regards traversent sans le voir, notre corps amoindri, pour atteindre leur horizon : fracture irrémédiable, ils ne songent plus qu'au nombre inconnu de saisons qu'ils espèrent traverser paisiblement tandis que nous, voyageurs impétrants malgré nous, d'un trop prochain voyage, n'envisageons à court terme que l'espoir illusoire de rejoindre Notre Eden !
le 21 novembre 1998

 

 

 

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Je me souviens avoir écrit ce texte pour une amie très proche qui essayait d'accompagner une soeur de 55 ans atteinte d'un cancer.
En relisant ce texte, je songeais très profondément à ma maman qui s'en est allée trois années plus tard et dont l'absence se fait grandissante.

J'ai soixante ans et ma conviction est faite. J'attends vos réponse pour poursuivre la suite de cette chronique.

Je prends le risque de choquer certaines et certains de mes amis lectrices et lecteurs, mais je crois qu'un débat doit être permis.
J'ai lu "la dernière leçon "de Noelle Chatelet. Récit intense d'une fille qui tente de comprendre la décision de sa mère, madame Jospin, de quitter la vie à qatre-vingt-douze ans.
"Fuir la vieillesse" pour entrer peut-être dans une autre vie ? ou tout simplement parce que c'était son choix, sa volonté. Elle était propriétaire de son corps. C'est cela qui importe le plus, en tout cas pour moi à l'heure où l'on ne peut plus respirer sans autorisation. J'exagère à peine.

ASSOCIATION POUR LE DROIT DE MOURIR DANS LA DIGNITE